12/06/2026
7 minutes

Aide à domicile : +15 % sur votre facture dès juillet 2026

Le décret n° 2026-261 du 8 avril 2026 relève de 70 à 80 ans le seuil d'âge pour bénéficier de l'exonération de cotisations patronales sur l'emploi d'une aide à domicile. Résultat : environ 350 000 seniors de 70 à 79 ans vont payer jusqu'à 15 % de plus à partir du 1er juillet 2026. On vous explique qui est touché, combien ça coûte vraiment, et quelles pistes existent pour limiter la hausse.

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Pol Vitry
Aide à domicile : +15 % sur votre facture dès juillet 2026
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Ce que change le décret n° 2026-261 du 8 avril 2026

Jusqu'au 30 juin 2026, si vous aviez 70 ans ou plus, vous ne payiez pas de cotisations patronales sur le salaire de votre aide à domicile. C'était un avantage concret, que des centaines de milliers de familles comptaient dans leur budget depuis des années.

Le décret n° 2026-261, publié au Journal officiel le 10 avril 2026, met fin à ça pour les 70-79 ans. Le seuil passe de 70 à 80 ans. Seules les personnes qui ont fêté leur 80e anniversaire gardent l'exonération automatique.

Ce décret découle de l'article 16 de la loi de financement de la Sécu pour 2025. L'application était prévue au 1er janvier 2026. Mais sous la pression du secteur, l'Urssaf a décalé la date au 1er juillet 2026. Pas de régularisation rétroactive pour le premier semestre.

Bonne nouvelle sur ce point : si vous employez une aide à domicile en ce moment, vous n'aurez pas de rappel de cotisations pour janvier à juin 2026. La facture change uniquement à partir de juillet.

Qui est concerné par cette hausse ?

Selon une question posée à l'Assemblée nationale par le député Thibault Bazin, 348 000 particuliers employeurs autonomes âgés de 70 à 79 ans sont directement touchés dès le 1er juillet 2026.

Pour un couple, voilà comment ça marche. L'exonération se maintient si l'un des deux conjoints a 80 ans. Si ni l'un ni l'autre n'a atteint 80 ans, le couple perd l'exonération.

Certaines personnes ne sont pas concernées par ce changement, quel que soit leur âge. D'après la CFDT Retraités et la Fepem, gardent l'exonération automatique :

  • les bénéficiaires de l'APA (Allocation personnalisée d'autonomie)
  • les bénéficiaires de la PCH (Prestation de compensation du handicap)
  • les titulaires d'une carte CMI invalidité à 80 % ou d'une pension d'invalidité 3e catégorie
  • les personnes de 62 ans et plus qui ont besoin d'aide pour les actes de la vie quotidienne
  • les bénéficiaires de la majoration pour tierce personne

Vous êtes dans l'une de ces situations ? Alors la hausse ne vous concerne pas. Votre exonération est préservée.

Combien ça coûte vraiment à partir de juillet 2026 ?

La plateforme France Emploi Domicile a fait les calculs. L'exemple : un senior qui emploie une aide à domicile 9 heures par semaine, payée 14 € net de l'heure.

SituationCoût mensuel employeur
Avant juillet 2026 (avec exonération)814,28 €
À partir de juillet 2026 (sans exonération)938,34 €
Hausse mensuelle+124,06 €

Ces montants, c'est le coût total avant crédit d'impôt. Après crédit d'impôt de 50 %, le coût horaire passe de 10,62 € à 12,21 €, soit une hausse de 15 %. C'est la Fepem qui a calculé ça, repris dans la question parlementaire et par l'Observatoire de l'emploi à domicile.

Pour 9 heures par semaine, ça fait environ 39 heures par mois. Après crédit d'impôt, la hausse réelle tourne autour de 57 à 62 € par mois. Si vous n'êtes pas imposable et que vous récupérez votre crédit en remboursement direct, la hausse brute dépasse 120 € par mois.

Le gouvernement estime que cette mesure lui fait économiser 100 millions d'euros par an sur les comptes de la Sécurité sociale.

Bon à savoir : l'exonération couvrait beaucoup de choses. Selon l'Urssaf, elle inclut les cotisations maladie, maternité, invalidité, décès, vieillesse, les allocations familiales, la CSA, le FNAL, l'AT/MP, la retraite complémentaire et les contributions chômage. Perdre cette exonération, c'est payer toutes ces lignes en plus d'un coup.

Le crédit d'impôt reste votre meilleur allié

Bonne nouvelle : le crédit d'impôt pour services à la personne, lui, ne bouge pas. Vous récupérez toujours 50 % de ce que vous payez, dans la limite d'un plafond annuel.

Les plafonds en 2026 :

  • Plafond de base : 12 000 € de dépenses par an, soit 6 000 € de crédit maximum
  • Plafond majoré : jusqu'à 15 000 € si le foyer comprend une personne de plus de 65 ans (majoration de 1 500 € par personne), soit 7 500 € de crédit maximum
  • Plafond renforcé : 20 000 € avec une carte d'invalidité à 80 % ou une CMI invalidité

Ce crédit est accessible même si vous ne payez pas d'impôts. Dans ce cas, le Trésor public vous rembourse directement la différence. Une avance de 60 % est versée en janvier, calculée sur ce que vous avez déclaré l'année d'avant.

Concrètement : votre facture grimpe de 124 € brut par mois, mais l'État vous en rembourse la moitié. La hausse nette réelle tourne autour de 60 € par mois dans cet exemple. C'est pas rien, mais c'est deux fois moins que les 124 € qu'on voit en première lecture.

L'APA, une protection à activer si vous en avez besoin

Si votre autonomie a baissé, l'APA peut tout changer. Les bénéficiaires de l'Allocation personnalisée d'autonomie gardent l'exonération de cotisations patronales quel que soit leur âge. La hausse de juillet ne les touche pas du tout.

Les plafonds mensuels de l'APA ont été revalorisés au 1er janvier 2026, selon la CNSA :

  • GIR 1 : 2 080,33 € par mois
  • GIR 2 : 1 682,30 € par mois
  • GIR 3 : 1 215,99 € par mois
  • GIR 4 : 811,52 € par mois

L'APA est attribuée par le Conseil départemental aux personnes de 60 ans et plus classées en GIR 1 à 4. Elle n'est pas récupérable sur succession. Et elle est exonérée d'impôt. Si vous ressentez une perte d'autonomie, même légère, une évaluation par votre département peut vous faire économiser beaucoup d'argent.

Pour vérifier si vous pouvez en bénéficier ou comparer vos options de couverture santé, consultez notre comparateur de mutuelles seniors qui intègre les garanties d'assistance à domicile.

Ce que préconisent les professionnels du secteur

La Fepem (Fédération des particuliers employeurs de France) et la FESP ont dénoncé la mesure dès le 13 avril 2026. Leur mobilisation a permis de supprimer la rétroactivité le 29 avril 2026. Mais la réforme elle-même est maintenue.

L'Observatoire de l'emploi à domicile a chiffré le risque : 5,7 millions d'heures d'emploi pourraient disparaître. C'est l'équivalent de 3 086 postes à temps plein. Le secteur emploie aujourd'hui 1,2 million de salariés et compte 3,4 millions de particuliers employeurs (données 2023).

La CFDT Retraités tire la sonnette d'alarme. Des seniors encore autonomes mais fragilisés pourraient réduire leurs heures d'aide. Et ça, ça a des conséquences directes sur leur sécurité au quotidien.

La Fepem et la FESP ont aussi peur d'autre chose : que les gens basculent vers le travail au noir. Et c'est dangereux pour tout le monde. L'aide à domicile n'a plus de droits sociaux. Et vous, en cas d'accident chez vous, vous n'êtes couvert par rien.

Trois pistes concrètes pour limiter la hausse sur votre budget

Vous avez entre 70 et 79 ans et vous employez une aide à domicile. Voici ce que vous pouvez faire avant juillet 2026 :

  1. Vérifier votre droit à l'APA. Votre autonomie a évolué depuis votre dernière évaluation ? Appelez votre Conseil départemental. Être classé en GIR 4 suffit pour être exonéré des cotisations patronales, quel que soit votre âge.
  2. Optimiser votre crédit d'impôt. Vérifiez que vous utilisez bien le plafond majoré si vous avez plus de 65 ans. Un senior de 72 ans peut porter son plafond de dépenses à 13 500 € au lieu de 12 000 €, selon le ministère de l'Économie.
  3. Vérifier les garanties assistance de votre mutuelle. Certaines mutuelles seniors incluent des heures d'aide à domicile dans leurs garanties, notamment après une hospitalisation ou en cas de maladie. Ces heures ne sont pas touchées par le décret. Vous pouvez comparer les offres disponibles via les guides sur les soins et services à domicile publiés sur Fauconis.fr.

Attention : la Fepem et la FESP alertent sur le risque de travail dissimulé suite à cette réforme. Si vous employez quelqu'un sans le déclarer, vous prenez un vrai risque. L'Urssaf peut vous redresser. En cas d'accident à votre domicile, vous n'êtes pas couvert. Et la loi prévoit jusqu'à 45 000 € d'amende et 3 ans de prison (article L8224-1 du Code du travail). Régulariser coûte toujours moins cher que de prendre ce risque.

Ce que les caisses de Sécurité sociale en pensaient

Un détail qui mérite d'être souligné, mentionné dans la question parlementaire du député Bazin : quand ce décret a été préparé, les caisses de Sécurité sociale consultées ont toutes rendu un avis défavorable. Le gouvernement a quand même maintenu la mesure. Il estime que l'exonération dès 70 ans n'était pas assez ciblée vers les personnes vraiment fragiles.

C'est pour ça que le secteur a réagi très vite et obtenu la suppression de la rétroactivité. Des recours sont possibles au Parlement. Mais pour l'instant, rien n'est suspendu. La date du 1er juillet 2026 est confirmée par l'Urssaf.

Pour comparer votre mutuelle actuelle et vérifier si elle inclut des prestations d'aide à domicile utiles dans ce contexte, utilisez le comparateur de mutuelles seniors de Fauconis.fr. Certains contrats proposent des heures d'aide à domicile après une hospitalisation ou un arrêt temporaire. Pour aller plus loin, le guide complet des mutuelles seniors détaille les garanties à comparer selon votre situation.

Le décret n° 2026-261 du 8 avril 2026, c'est un vrai changement pour les 350 000 seniors de 70 à 79 ans qui emploient une aide à domicile. La hausse est concrète : entre 57 et 124 € par mois selon votre situation fiscale, et ça démarre le 1er juillet 2026.

La bonne nouvelle, c'est qu'il y a des filets de sécurité. Le crédit d'impôt de 50 % réduit l'impact de moitié. L'APA protège ceux qui ont besoin d'aide pour les gestes du quotidien. Et certaines mutuelles incluent des heures d'aide à domicile que beaucoup de seniors n'ont jamais utilisées.

L'essentiel, c'est d'agir avant juillet. Vérifiez vos droits à l'APA, contrôlez votre plafond de crédit d'impôt, regardez ce que couvre votre mutuelle. Ces trois démarches peuvent vraiment changer votre reste à charge réel.


Sources :

  • Décret n° 2026-261 du 8 avril 2026 - Légifrance / Journal officiel (avril 2026)
  • Emploi d'une aide à domicile : l'âge ouvrant droit à l'exonération de cotisations patronales est relevé - Service-Public.fr (avril 2026)
  • Exonération aide à domicile - Urssaf.fr (avril 2026)
  • Question écrite n° 14530 : Modification de l'exonération de cotisations patronales - Assemblée nationale, député Thibault Bazin (avril 2026)
  • L'exonération de cotisations repoussée de 70 à 80 ans : quel impact ? - France Emploi Domicile / Fepem (avril 2026)
  • L'Allocation personnalisée d'autonomie (APA) - Pour-les-personnes-agees.gouv.fr / CNSA (2026)
  • Tout savoir sur le crédit d'impôt lié à l'emploi d'un salarié à domicile - Ministère de l'Économie et des Finances (2026)
  • Aide à domicile : l'âge des particuliers employeurs exonérés de cotisations patronales repoussé de 70 à 80 ans - CFDT Retraités (avril 2026)
  • Rapport sectoriel 2025 (données 2023) - Observatoire de l'emploi à domicile, Fepem / Urssaf (2025)

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